21.07.2008

Alliage

On les appelle l'alliage, qu'ils soient ou non ensemble et ils laissent dire. Peu leur importe d'être un mystère, ils savent eux-mêmes quel alliage visible mais à tout jamais mystérieux fut la relation de quelques autres. Ce qui est visible : deux parcelles contiguës, la même terre, la même eau pourtant ; un paysage. Un cours parallèle, des inclinaisons et la densité impénétrable de l'air qui les entoure.

Alliage

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16.06.2008

"A little bit of you and a little bit of me"*1

Au commencement, il y eut des mots communs pour parler de nos mères. Chemin faisant (tu aimerais jusqu'à l'enfance m'as-tu écrit) nous nous sommes rencontrées.

Le retour, déjà ; mon blues ressemble à des yeux gros de larmes qui n'ont pas coulé, le visage serré à regarder défiler les rails en en suivant le fil. À penser bêtement que ta personne avait au quotidien une fluidité que je ne soupçonnais pas et que tu me plaisais tant d'être naturelle et vivante dans chaque geste. Bien sûr nous ne nous satisfaisons pas de ce que nous sommes et moi j'aurais voulu te voler ton corps léger et ton épaisse chevelure noire, cette amie de ton visage qui au gré de tes envies de coiffure –que tu changes sans même que tu t'en rendes compte– te font des airs différents, lesquels m'ont parfois fait perdre un peu le cours de ce que tu me disais parce que je cherchais en même temps à mettre un mot sur ce que je voyais de toi... Pardon... J'ai souri aussi à cela : tes yeux noirs concentrés en un point, ta pensée et la mouvance de tout ton corps. Plein de facettes de toi-même juste pour mes yeux, séduits, toujours ; j'aime tant être accueillie comme tu l'as fait (rien ne remplace le regard, la présence, à un moment ou à un autre).

En l'absence, j'ai de toi des photos (pour l'abscisse), une trace de ton écriture et des milliers de tes mots (pour la désordonnée).

Tu préfères les photos floues, celles où on dirait quelqu'un d'autre, une inconnue qui te ressemblerait. Je préfère les photos claires, celles où je te reconnais comme je t'ai aimée (juive de mon cœur, je ne te l'ai jamais écrit). Dans les photos floues je cherche à comprendre ce que tu aimes, dans les photos claires il me semble parfois que toi tu cherches à comprendre ce que moi j'aime de toi.

Te lire c'est une chose, te comprendre une autre  –"and who by brave assent, who by accident, who in solitude, who in this mirror"*2–  comprendre encore bien différent. Tes mots écrits sont une forteresse intime sur une plaine longue et dangereuse, balayée de vents contraires. Tout le monde passe là sans te rencontrer véritablement, la forteresse n'est pas visible, l'intimité encore moins. Tu écris les vents contraires, les tremblements de terre, les éruptions à ta seule encre intérieure et ce que l'on rencontre c'est un monde qui de toi a une caractéristique unique : le style.

Le reste nous appartient.

*1 Don't cry sister, JJ Cale in 5 (1979)

*2 Who by fire, Leonard Cohen in New Skin For The Old Ceremony (1974)

 

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05.06.2008

À tes souhaits

Tout est calme à table ce jour-là quand il me semble entendre un bruit dont je n'arrive à saisir ni la nature ni la provenance. Je tourne un peu la tête, mon regard se fixe, je tends l'oreille vers le haut, au premier étage peut-être, ce bruit étrange. Je ne veux entendre que cela mais cela se fond dans le calme relatif qui fait plus de bruit qu'un océan quand je voudrais entendre tomber une seule goutte sur sa surface. Je ne reconnais pas ce bruit qui m'inquiète au milieu des bruits et des mots de notre tablée familiale. Alors brusquement, impérativement, je réclame le silence. Tout le monde se fige peu à peu, finit ses gestes au ralenti, on me regarde, interdit, mon regard fixe informe sur la nature inquiétante de mon ordre ; il y a quelque chose à entendre.

Pas le léger souffle du vent dans les feuilles, pas la lointaine vibration des voitures là-bas. Pas les oiseaux qui remuent dans les laurières. Rien dans la lumière qui tombe sur tous les objets de la maison. Pas même le souvenir à l'instant de la cloche familière à l'oreille. À peine l'imperceptible filet de l'eau.

 

Que c'est bon ce silence imparfait, je ne cherche plus à savoir ce qui m'inquiète. Ma main posée près de la tienne, voilà que peu à peu je sens sa chaleur qui irradie, sans même te toucher.

Il faudrait donc demander le silence, en sonder l'inquiétude, chercher le rien invisible pour sentir tout à coup une présence, là, juste à côté de soi, si forte.

Pourvu que dure cet imparfait silence, encore un peu.

L'un ou l'autre éternue, tout le monde rit.

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31.01.2008

À la trace

Quand j'écris à la plume, j'entends tout le temps scritch scritch scritch scritch scritch scritch scritch scritch, et si je ne trouve pas bien mes mots ça m'agace ce bruit. Je regarde le papier qui s'égratigne, et parfois j'insiste quand les mots disent mal. Je vois que le papier boit l'encre sans bruit et lentement comme si de rien n'était. Qu'en restera-t-il d'ailleurs ?

Tracer des mots sur une page comme pour déposer des petits cailloux derrière soi... Comme ouvrir le chemin devant soi   -guère plus la plupart du temps.

(Aller où, aller comment, aller avec qui, aller pourquoi ?)

Être là, un temps. Écrire pour se faire des amis, des mots... S'entretenir avec les amis, écrire. Garder les amis, s'écrire...

(Qui gardera la trace ?)

Soi, un temps.

Une virgule, une once, une plume dans la balance du monde ; l'incliner, à l'encre sympathique.

 

 

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