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<title>Bascule</title>
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<updated>2009-10-26T10:25:43+01:00</updated>
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<summary> Premiers jours d'août, cette année.&amp;nbsp;Me voilà seule sur le chemin d'une...</summary>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Premiers jours d'août, cette année.&amp;nbsp;Me voilà seule sur le chemin d'une nouvelle année qui nous ramènera sur les bords de Dordogne dans un amoureux mouvement de marée cosmogonique, inexorablement lent. J'ai marché en regardant bien partout où j'avais pu poser les yeux, les autres fois, et je me souviens de certaines&amp;nbsp;émotions déposées tordues, déposées croyais-je, à charge au moins pour le paysage de me résoudre. Années de force violente dont je ne savais que faire, c'est sans doute la raison pour laquelle j'ai opté obscurément pour les erreurs à commettre afin de défricher le seul paysage à découvrir&amp;nbsp; : moi-même. À présent je suis passée pour tout reprendre, me recueillir dans&amp;nbsp;les errements de mes sentiments et mes inévitables surdités. Les passages insurmontables étaient pourtant maintenant je le sais, de simples bâtons placés devant mes jambes et si je suis tombée dans tous les gouffres&amp;nbsp;c'était à ne vouloir regarder que ses yeux.&lt;/p&gt; &lt;blockquote&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&quot;-Il n'y a pas de bonne influence, M. Gray.&amp;nbsp;Toute influence est immorale&amp;nbsp;– immorale&amp;nbsp; d'un point de vue scientifique. (...)Influencer une personne, c'est lui donner son âme. (...) Elle devient l'écho de la musique d'une autre, elle joue un rôle qui n'a pas été écrit pour elle. Le but de la vie c'est l'épanouissement de soi. Réaliser notre propre nature à la perfection, voilà notre raison de vivre en ce bas monde&quot;. &lt;strong&gt;Le portrait de Dorian Gray&lt;/strong&gt;, Oscar Wilde.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;/blockquote&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;Il y a beaucoup à faire, un rien plus tranquillement, moins nécessairement.&amp;nbsp;Mais le désir demeure, le mystère aussi donc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img usemap=&quot;#withoutborder&quot; src=&quot;http://entre-jour.hautetfort.com/media/02/01/1535477529.jpg&quot; alt=&quot;serrures&quot; name=&quot;media-2054290&quot; border=&quot;0&quot; id=&quot;media-2054290&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt; &lt;map name=&quot;withoutborder&quot; id=&quot;withoutborder&quot;&gt; &lt;area coords=&quot;142,422,168,468&quot; alt=&quot;chut&quot; shape=&quot;rect&quot; href=&quot;http://papier.entre-jour.fr/eprise.html&quot; title=&quot;chut&quot; /&gt;&lt;/map&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;(Encyclopédie de Diderot et D'Alembert, &lt;em&gt;Les métaux &amp;gt;&amp;nbsp;La serrurerie,&lt;/em&gt;&amp;nbsp;planche XXIV&amp;nbsp;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Commun</title>
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<updated>2009-11-04T17:07:39+01:00</updated>
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<summary>  Montagnes au-dessus de l'Eyrieux. Je n'y retournerai sans doute jamais,...</summary>
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&lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Montagnes au-dessus de l'Eyrieux. Je n'y retournerai sans doute jamais, quelques hectares de cette terre m'ont été interdits en punition de mon impiété familiale. Première fille de l'unique fille qui claqua la porte de la maison paternelle,&amp;nbsp;j'hérite de ce qu'il n'était pas encore possible de lui&amp;nbsp;faire, la renier tous ensemble. Depuis cinquante ans, à elle on fait mine changeante, assis sur l'or de la terre que l'on gratte&amp;nbsp;résigné en se tenant douloureusement le dos &lt;em&gt;ah tu as bien fait de partir, et tu préfèreras sans doute un peu d'argent plutôt que ces vieux châtaigniers qu'il faudrait abattre ?&lt;/em&gt; Mais parfois la lèvre se retrousse, on montre les dents en lui faisant comprendre que&amp;nbsp;puisqu'elle a choisi de les quitter et de faire son nid ailleurs (et elle a réussi, &lt;em&gt;n'est-ce pas, tu as de la chance&lt;/em&gt;), elle doit avoir la décence de tout laisser à ceux qui&amp;nbsp;restent pour s'occuper de la grand-mère et qui se sont sacrifiés pour tirer quelque chose de cette mauvaise terre. Mes cousin, cousines eurent ainsi toute leur enfance maternée par la mère de ma mère, formant irréfragable noyau dans la montagne ardéchoise, le long du doux chemin bordé de digitales qui va d'une maison à l'autre, franchit les cultures en terrasse, les cerisaies ;&amp;nbsp;ils couraient&amp;nbsp;avec les chèvres, les chevaux, à la chasse tandis qu'elle ramassait les cèpes dans ses deux grands paniers, quitte à laisser là les cèpes en tas sur la mousse pour remplir plutôt les paniers de girolles.&amp;nbsp;&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Ma propre&amp;nbsp;enfance&amp;nbsp;fut dorée dans la campagne périgourdine, près du cœur de la mère de mon père.&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Enfant j'allais peu en Ardèche, c'est à dire on m'y emmenait peu ; et si j'étais naturellement disposée à connaître en plongeant entière dans la terre,&amp;nbsp;je ne l'étais&amp;nbsp;pas à faire corps avec une famille qui ne souriait que les mains derrière le dos.&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Devenue adulte j'ai songé que je m'y étais mal prise et que je devais être plus présente, et puis écrire plus souvent, téléphoner. Mais l'intérêt&amp;nbsp;a trop de sens. Oncle, tante, cousin, cousines, vous ne m'êtes rien, pas plus que je ne suis pour vous.&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Elle, ma&amp;nbsp;grand-mère d'Ardèche, était dévouée, elle aimait tous ses petits enfants, les embrassait, les écoutait, les débarbouillait et les nourrissait avec égalité. À&amp;nbsp;la mort de mon grand-père elle ne se décida pas à trancher dans la complexité de ce qui la liait. Elle refusa de partager sa vie entre les deux campagnes ; peut-être aussi préféra-t-elle d'abord respirer à pleins poumons la liberté de vivre sur cette terre, elle qui avait enchaîné les servages, depuis menue jeune-fille placée comme bonne dans une famille à l'âge de douze ans. Elle aima alors pouvoir rester au chaud dans son lit en regardant dorer la lumière du matin. Elle resta dans sa maison, ne changea presque rien, sauf la nouvelle habitude d'aller plus souvent rendre visite deux ou trois jours à sa soeur et continua&amp;nbsp;à&amp;nbsp;s'occuper de mes cousins,&amp;nbsp;à préparer les repas pour tous ; elle accepta quand même un jour, du bout des lèvres, l'installation d'une douche (dont on ne manqua pas de réclamer la moitié du paiement à ma mère).&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Elle mena un double-jeu maladroit mais têtu, en&amp;nbsp;nous faisant parvenir des colis de châtaignes, parfois en cachette elle glissait dans les valises des&amp;nbsp;photos et des objets&amp;nbsp;personnels. Elle rassura ma mère&amp;nbsp;sur son amour jusqu'aux derniers instants.&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Quand elle est morte je ne l'avais pas revue depuis plusieurs année, de cela je ne suis pas fière même si je sais aussi parfaitement que ma dernière visite avait été pleine de silences gênés ;&amp;nbsp;notre raison de nous aimer, c'est à dire sa fille, ma mère, n'était pas là pour nous lier.&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;On interdit ma présence à l'enterrement de ma grand-mère, je n'ai pas pu tenir la main de ma mère ce jour-là.&lt;/div&gt;
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<title>Mon, ton, son...</title>
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<updated>2009-10-23T12:44:16+02:00</updated>
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<summary> C'est une femme d'une cinquantaine d'années je pense, de petite taille, aux...</summary>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;C'est une femme d'une cinquantaine d'années je pense, de petite taille, aux membres courts, elle est à la fois torse et toute ronde et très active ; je la vois souvent d'un pas pressé et énergique traverser la rue les bras chargés, ratisser l'herbe tondue en s'arrêtant à peine, aller, venir avec vigueur. Elle accroche son linge (oh tout près de moi, les feuilles du poirier à peine nous séparent) avec une espèce de rage même, comme s'il fallait en finir ; j'ai alors la pensée de lui dire : &lt;i&gt;laissez, je vais le faire&lt;/i&gt;, pour le plaisir de lui rendre ensuite les draps bien lisses, presque pliés. Elle vit avec un homme plus âgé qu'elle ; lui, un de ces visages de fouine, malin comme pas un, roublard même, le sourire qui vous fait l'aimable quand du regard il vous jauge ; il la rudoie sans cesse, il dit qu'elle est brave et lui parle moins gentiment qu'il n'appelle son chien. Elle m'a dit un jour qu'elle ne comptait pas se marier, &lt;i&gt;une fois ça suffit, c'est plus d'mon âge&lt;/i&gt;. Elle sourit volontiers, ça je ne dis pas, elle sourit lorsque de ses mauvais yeux très myopes elle me reconnait dans la rue, car si je suis dans mon jardin, elle ne peut pas s'y tromper. Sa myopie est telle qu'elle a des verres de lunettes très épais, bien sûr très disgracieux mais comme elle ne les porte pas tout le temps, dans la même journée elle peut me croiser sans me reconnaître ou bien me héler gentiment par mon nom et venir me faire la bise par-dessus le mur. Elle s'habille de vêtements qui &quot;ne craignent rien&quot; comme on dit, pour vaquer, s'affairer, dedans et dehors ; cotonnades aux couleurs passées, pantalons solides ; le dimanche comme il se doit, autour de midi, je l'aperçois vêtue d'une jupe claire et d'un haut fleuri, un peu apprêtée, et même du rose aux lèvres, sa silhouette est ainsi propre, &lt;i&gt;à l'honneur du monde*&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;En semaine aussi maintenant je la vois parfois remonter la rue jusqu'au cimetière, en noir, comme il se doit ; pour une heure elle se change et va poser quelques fleurs sur une tombe et se recueillir. Ce n'est pas la tombe de son mari, elle est veuve depuis bien longtemps et son mari est enterré dans un autre village, c'est la tombe d'une très vieille dame qui est décédée il y a peu, sa bienfaitrice dirait-on. En effet les deux dernières années de sa vie, cette très vieille dame a été veillée, tout le jour et toutes les nuits par ma voisine, puis avant cela déjà elle veillait sur son ménage, ses repas. Suite à de petits arrangements qui font les doux remous acides des villages, l'une a assisté l'autre jusqu'à son dernier souffle, en échange de quoi depuis peu ma voisine est devenue la propriétaire des biens de la vieille dame.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;N'imaginez pas une délicieuse vieille dame à la peau délicate buvant le thé à cinq heures et fleurant bon l'eau de cologne à toute heure, cette vieille dame était l'un des archétypes de la femme qui a traversé le siècle (elle est morte à 96 ans). Née fille à la veille de la première guerre dans une famille de paysans, propriétaires de leurs terres, sa mère mourut après l'accouchement, elle fut farouchement (comme ce mot lui convient !) gardée à la maison pour servir gratuitement de mule autant que de bonne, mal mariée le plus tard possible à un homme qui a bu jusqu'à la fin de sa vie (je l'ai connu, c'était un homme imposant et rougeaud, qui se cachait derrière ses rideaux pour regarder les passantes qu'il photographiait au polaroid ; un jour, avec des moulinets du bras qui se voulaient discrets, ne sachant même pas mon nom, il m'appela et me fourra dans la main un polaroid : c'était moi qui passait sur le trottoir d'en face : &lt;i&gt;gardez-là, hein, rrrrrumph, gardez-là&lt;/i&gt; puis il me fit signe d'un mauvais geste brusque que je pouvais partir, voire déguerpir). Il sentait tout le temps la vinasse, il ne parlait pas, il criait ; il était un peu sourd aussi.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Elle avait donc vécu la crise des années trente, puis jeune femme la seconde guerre mondiale, encore célibataire, au service de son père tandis que son frère trop malingre avait été réformé. Ils vivaient dans la même maison, une de leurs trois maisons qui sont au cœur du village. Une vie si atone aux yeux du monde que presque personne ne saurait rien en dire. Une vieille voisine (celle-ci sentait l'eau de cologne, quoique modeste vieille dame) me raconta de cruelles horreurs au sujet de la promiscuité du frère et de la sœur, dont lui ne se départit pas, même lorsqu'elle fut mariée et habitait une de leurs maisons de l'autre côté de la rue. Mon informatrice était insomniaque et habitait en face, je n'ai pu que me taire lorsqu'elle me raconta cela. Faut-il savoir ? Puis elle se maria donc (pourquoi lui ?) mais ils n'eurent jamais d'enfants. Elle continua à s'occuper de son père puis de son frère (qui n'avait jamais été marié lui) jusqu'à leur mort. Son mari mourut il y a huit ans, son frère, il y a six ans, il avait plus de quatre vingts dix ans. Ce dernier qui vivait encore dans sa propre maison était devenu complètement dépendant d'elle, pour tout. Elle traversait de nombreuses fois par jour pour s'occuper de lui, le midi elle venait même le chercher et le ramenait chez elle pour le déjeuner, elle l'installait pour cela dans une vieille poussette d'enfant (j'essaie d'imaginer sa minuscule silhouette à elle se chargeant du fardeau tout aussi chétif de son frère). Combien de fois l'ai-je croisée, toujours farouche, alors que je poussais moi-même la poussette de mon petit garçon tout en joues ? Combien d'années fit-elle cela ?&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Elle hérita de tout, les maisons et les terres, dans cette région du sud-ouest si prisée. Elle vendit, un peu, comme son frère avait fait, un peu, dans le plus grand silence et le plus grand secret, non sans les conseils avisés de l'autre multi-millionnaire du village, un lointain parent, mais un parent, et avisé. Elle resta alerte et trotte-menue très longtemps, en dépit des coups de semonce de l'âge et des maladies. On voyait une ambulance, puis on la revoyait elle, un peu plus maigre, filer vers ses petites affaires d'une de ses maisons à l'autre, vêtue pauvrement du même chandail noir qui avait été ravaudé aux coudes. Elle répondait toujours à mes politesses de voisinage, pas plus, parfois souriait à mon fils qui avait le sourire accroché aux joues. Je l'ai vue en des gestes tendres lorsqu'elle nourrissait les trop nombreux chats qui grouillaient entre ses possessions. Elle refusa depuis le début de nous vendre la plus petite parcelle de terrain pour agrandir notre tout petit jardin, elle refusait sèchement ; on n'y revenait guère. Cette sécheresse me parut toujours être cependant le dernier vernis d'un lourd portrait de femme, composé de soumission primitive, de crainte, timidité, de frustrations et d'humiliations, sa dureté à la tâche... Ce pouvoir sur les hommes qui l'entouraient, l'emprisonnaient. Puis la possession qui vous arrive et ce pouvoir face aux gens de la ville (si elle avait su...), cet isolement progressif face à ces étrangers au village. Puis elle déclina vraiment et c'est là que celle qui était sa locataire devint sa soignante, dévouée, puis jour et nuit. Laquelle, timide et dure à la tâche, hérita de presque tout il y a peu. D'une femme à l'autre, elles ont fait la nique aux hommes.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Je me suis remise à considérer la parcelle de terrain qui aurait pu agrandir mon petit jardin, mais j'ai vite compris qu'elle refuserait aussi. Une vie de femme à peine moins difficile, une persévérance doublée sans doute d'un calcul secret, son dévouement mêlé d'intérêt, elle est maintenant propriétaire et le savoure ; l'étendue de ce qui est sien, les comptes en banque, les maisons, et ce vaste champ d'herbe ( ah ! il va falloir en céder à l'Etat !) Elle a elle-même fait le tour du terrain avec le géomètre mandé pour éclaircir le différend avec le voisin d'en-dessous, elle a elle-même arraché les piquets qui faisaient la bordure supposée, pour la repousser. L'autre jour en ramassant l'herbe tondue qui avait bien séché, moi j'étendais du linge, elle me dit, sans même s'arrêter dans son geste : &lt;i&gt;c'est bien fleuri chez vous !&lt;/i&gt; Je l'ai remerciée.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;*Cette expression est développée dans certains livres autobiographiques et romans de Monsieur Pierre Magnan.&lt;/p&gt;
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<title>Pause anecdotique</title>
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<updated>2009-10-08T10:42:25+02:00</updated>
<published>2009-10-08T10:40:00+02:00</published>
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<summary> &quot;Ces idées qui survolent l'espace, et qui, tout à coup, se heurtent aux...</summary>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&quot;Ces idées qui survolent l'espace, et qui, tout à coup, se heurtent aux parois du crâne...&quot; Cioran, &lt;em&gt;Aux sources du vide&lt;/em&gt; in &lt;strong&gt;Syllogismes de l'amertume&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Vingt-neuf juillet, ciel bouché, on songera même avant dîner à filer vers le nord (ou le sud ?) trouver l'éclaircie qui nous permettrait une nouvelle nuit d'observation. Main dans la main ce furent plutôt des &lt;a href=&quot;http://www.planetary.org/blog/article/00000927/&quot; title=&quot;Saturn's north polar hexagon&quot;&gt;mots&lt;/a&gt; échangés dans le noir pour éclairer le ciel vide, tant de petites histoires extraordinaires pour s'oublier.&lt;/p&gt;
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<title>À la pointe</title>
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<updated>2009-09-30T12:07:13+02:00</updated>
<published>2009-09-29T18:14:00+02:00</published>
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<summary>  &quot;À chacun sa vile manière de faire des chansons   c'est une affaire de...</summary>
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&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&quot;À chacun sa vile manière de faire des chansons&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;c'est une affaire de bagout, de bourdon&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt; &lt;div&gt;de la même stricte peine qu'on attendrit&lt;/div&gt; &lt;div&gt;dans les boucheries&lt;/div&gt; &lt;div&gt;à&amp;nbsp;grands coups de serpillère, à coups de torchon&lt;/div&gt; &lt;div&gt;la méthode de charcutière a du bon&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Allez envoie la chanson...&quot;&lt;/div&gt; &lt;div&gt;Jean-Louis Murat, &lt;em&gt;Chappaquiddick&lt;/em&gt; in &lt;strong&gt;Parfum d'acacia au jardin&lt;/strong&gt;.&lt;/div&gt; &lt;div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Vingt-huit juillet, une de ces journées de long couloir de temps d'attente, dans beaucoup de silence. J'ai tout fait pour aujourd'hui, je me suis allongée sur le mur chaud qui borde la terrasse. Le ciel est très bleu et j'entends dans ma tête des chansons, de celles qui chantaient à tue-tête.... &lt;em&gt;help me Rhonda, help me&lt;/em&gt;...&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Cette année les lauriers&amp;nbsp;ont été coupés&amp;nbsp;à ras à l'entrée du jardin,&amp;nbsp;on accusait&amp;nbsp;l'ombre trop épaisse mais&amp;nbsp;peu après&amp;nbsp;les arums périrent de soleil.&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Là-bas il y avait&amp;nbsp;un &lt;em&gt;magnolia grandiflora&lt;/em&gt; (treize, quatorze mètres de haut ?)&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Je suis venue pour ouvrir la maison, mais en mon for intérieur pour être seule au moment de constater qu'elle&amp;nbsp;a été saccagée&amp;nbsp;– avec&amp;nbsp;une gourmandise de possédant ignare&amp;nbsp;–&amp;nbsp;par la nouvelle vague de travaux. Restent des mètres carrés de toiture sur des mètres de pierres apparentes sur des mètres carrés de bonne terre ;&amp;nbsp;ceux qui pensèrent cette maison étaient dans tous les&amp;nbsp;signes de noblesse arrachés, alors il me semble qu'ils sont&amp;nbsp;encore niés après être morts. Je serai silencieuse lorsque la maison sera pleine, incapable d'entamer ce qui serait une éprouvante discussion, car je suis déjà capable de comprendre leurs raisons et je sais surtout que ma parole n'est pas bienvenue, presque une intrusion.&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Ce soir dîner avec D*, paroles brillantes comme des perles en les mornes eaux estivales, puis je serai promenée en silence, guettée, puis ramenée à la rive pour d'obscures non-raisons de joueur non patenté. J'essaie de l'imaginer au réveil, drapé de silence&amp;nbsp;– c'est très facile, il suffit de ne rien dire pour ne pas se trouver (que n'ai-je jamais eu cette bonne idée ?). Nous ne serons&amp;nbsp;jamais vraiment nus, au bon moment ou en même temps, qu'une simple conjonction complexe incluse dans la vie de l'autre, une équation en cours sur le tableau de nos pensées, un jour météore, le suivant queue de comète, de temps en temps par&amp;nbsp;hasard&amp;nbsp;– comment disait-il ? un paraboloïde.&amp;nbsp;Du silence ou des raisonnements à rendre fou, clown s'il le faut, les faiblesses érigées en énigmes, pour toute vie un caillou près d'un buisson têtu sur une terre calcinée. Rien d'autre.&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Je les voudrais tous à la pointe de mon épée.&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
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<title>Veille</title>
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<updated>2009-09-29T21:10:20+02:00</updated>
<published>2009-09-28T18:24:00+02:00</published>
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<summary> Veille (I)   La terrasse dite  nord  de la maison de mon enfance s'étalait...</summary>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Veille (I)&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;La terrasse dite &lt;i&gt;nord&lt;/i&gt; de la maison de mon enfance s'étalait sur environ quinze mètres de long et sept mètres de large. La maison bordait l'une des longueurs, un mur mitoyen bordait l'autre, celui de la propriété de nos voisins qui ont une très belle maison ancienne en regard. La terrasse nord était pour les deux tiers occupée par un parterre de végétation, un bâti de forme hexagonale contenait la terre et était entouré d'une promenade. Au sortir de la maison deux pas suffisaient pour avoir le nez dans les fleurs. À main droite (du côté de la rue, la surplombant d'environ trois mètres) il y avait la terrasse proprement dite ; son espace était ombragé par un bel acacia de fleurs blanches. Je suis presque sûre qu'il y avait un arbre à l'opposé de cet acacia (ma mémoire des sens me dit que je prenais de l'élan en empoignant un tronc fin à cet endroit) mais je ne sais plus de quelle espèce. Je me souviens surtout de la hauteur et de l'épaisseur exotique des cannas dans ce grand parterre de fleurs. À main gauche, deux autres carrés de végétation que partageait la promenade qui menait au poulailler ; dans le carré du côté du mur mitoyen il y avait un arbre de Judée qui avait poussé tout en hauteur à cause de la concurrence du magnolia de plus en plus plantureux des voisins. Pour faire un peu écran le long du mur, ceux-ci plantèrent plus tard des buddleias, qui me plaisaient pour les papillons que ça attirait et un gros millepertuis bien touffu.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;C'était ainsi très facile d'aller et venir de la maison (on sortait par la cuisine) au poulailler sans faire tout le tour par l'autre terrasse (sud) et la cour et le couloir des vieilles pièces à rangement. Les déplacements courants de la maison au poulailler étaient pour aller chercher des œufs, on ne peut plus frais, et pour jeter aux poules les épluchures et les restes qu'elles pouvaient picorer. Une méchante porte toute grillagée qui fermait mal, dont les montants de bois étaient verts de mousse tour à tour sèche et humide selon la saison, donnait accès au poulailler. Pour jeter les épluchures, il n'était pas besoin d'ouvrir cette porte cependant, comme tout poulailler il était parfaitement clos par un grillage moyen ; une ouverture griffue près la porte permettait de passer les épluchures à la main. Les poules accourraient.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Je n'aimais pas avoir à faire aux poules lorsque j'allais chercher des œufs, alors que j'aimais tant chercher les œufs. Il y avait une petite niche dans le mur de la maison mais je ne me souviens pas des autres emplacements. Au mieux je trouvais la paille chaude et les œufs délaissés, sinon je devais inventer des ruses pour faire sortir les poules, et je m'y prenais mal. Je regardais faire ma grand-mère dans son propre poulailler, elle glissait la main sous la poule, prenait les œufs.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Contre le mur mitoyen il y avait des cages à lapins, six clapiers si j'ai bonne mémoire, et des lapins que j'aimais beaucoup mais dont je restais loin à cause des poules, alors je les regardais tendrement de loin. La myxomatose était la version cruelle de leur mort certaine ; on les soignait du mieux qu'on pouvait, sans égards, il y avait autre chose à faire. On faisait parfois sortir les poules dans la cour, j'en profitais pour visiter tranquillement les lapins et le poulailler, les deux appentis très bas qu'appareillaient deux échelles larges bricolées avec des lattes sur lesquelles les poules se perchaient, mais d'où je ressortais vite car il y faisait très chaud et l'odeur était affreuse. J'allais de toute façon à l'encontre des recommandations de n'y pas traîner à cause de mon allergie (aux plumes, aux poils).&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;La terrasse était un lieu clos, protégé, où nous pouvions jouer sans danger, un lieu riche de cette végétation hasardeuse, pas très entretenue ; de son joyeux anneau de promenade géométrique ou à vélo, à toute vitesse ; une terrasse-jardin assez vaste pour se cacher ; le lieu des petits déjeuners dans le soleil et des repas le soir dans la chaleur estivale. C'était véritablement une maison à l'extérieur. Tout a été rasé en 1977, on a coulé du béton pour pallier aux infiltrations.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Bien plus tard, collégienne ou lycéenne je ne sais plus, je compris enfin la signification visuelle et architecturale des jardins suspendus de Babylone. Ce fut un foudroiement.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Veille (II)&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;La terrasse dite &lt;i&gt;sud&lt;/i&gt; de la maison est tout aussi longue mais étroite, peut-être un mètre soixante de large en comptant le mur qui la borde, un mur qui est belle murette sur laquelle s'asseoir. La surface de la terrasse rejoint le niveau de la cour d'un côté et de l'autre s'interrompt brutalement en devenant l'escalier de pierre qui descend vers la rue. La terrasse donne en face sur le petit jardin, et entre les deux la bande herbeuse qui monte de la rue jusque dans la cour mesure à peu près trois mètres cinquante de large. Avant, au pied du pilier d'entrée qui marquait le grand portail et l'escalier vivait une glycine. Elle s'appuyait sur le grand pilier et était conduite le long d'arceaux, soutenus par de simples mâts de ferraille, jusqu'aux deux tiers de la terrasse, au point que les dernières longues grappes égrenaient leurs fleurs jusqu'au milieu de la cour les jours de vent. Elle avait été adroitement divisée en deux troncs ou peut-être même trois, qui couraient parallèles à la verticale de la murette, torsadés les uns autour des autres (si solides que nous pouvions nous y pendre en refermant les jambes autour) et régulièrement on avait dû distribuer les plus belles branches naissantes pour assaillir les arceaux. Dix ans peut-être, dix ans au moins pour donner à cette glycine sa fonction ombreuse. La glycine avait elle-même si bien jeté ses tentacules entre les arceaux qu'à l'été cette partie plein sud n'était qu'un long couloir d'ombre, aux incessants jeux de lumière entre les feuilles. Une splendeur. Elle avait sans doute une bonne centaine d'année lorsqu'elle a été arrachée et sciée à ras vers 1979. Un faible moignon est permis qui émet toujours quelques fleurs.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Le grand mur de soutènement du petit jardin laisse voir les traces d'un escalier primitif qui avait déjà été comblé lorsque mes parents ont acquis la maison, cet escalier invisible fait d'ailleurs face à celui qui s'ouvrait dans le mur de la terrasse et qui a été comblé aussi. Cette architecture, cette conception d'origine était logique pourtant, elle permettait d'accéder facilement au jardin sans avoir à faire tout le tour jusqu'après le puits. Je ferme les yeux et pense que les lignes de la maison devaient ainsi être très harmonieuses, car en évidant la longueur un peu lourde de la maison ils apportaient une ponctuation pour l'œil.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Les portes de la maison sont très hautes, environ deux mètres cinquante, et celles que j'ai connues enfant avaient beaucoup de finesse ; le tiers du bas était plein bois ; les deux tiers restants présentaient une dentelle de carreaux disposés ainsi : cinq petits carreaux carrés, surmontés de cinq carreaux hexagonaux, longs, dans lesquels s'enchâssaient cinq autres longs carreaux hexagonaux, puis encore et enfin la frise supérieure de cinq carreaux carrés. Les trois portes principales de la maison étaient ainsi. Le menuisier qui a été chargé de les refaire à l'identique a dit que ce n'était pas possible de faire aussi fin, la géométrie a été ramenée à quatre. Ce pourrait être pareil, c'est seulement grossier.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Dépourvue de sa glycine qui prodiguait un important écran thermique, mes parents installèrent un de ces rideaux à bandeaux colorés, très laid, fonctionnant avec moteur pour se déployer et sous lequel il fait toujours très chaud.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Le toit est toujours très beau, de cette pente particulière à la région et de cette double couverture, particulière aussi, de tuiles classiques et de tuiles sombres en forme d'ardoise. Lorsque la couverture a été refaite, les chiens-assis (qui, comme les deux petits escaliers, annoblissait la maison principale) ont été démontés ; le maçon-couvreur (avec lequel à la longue, enfin, mes parents se fâchèrent, dessillés sur ses fautes), avait jugé la charpente faible et emporté les belles pierres. On fit des économies sans doute en ayant des rabais sur la facture, la maison y perdit encore la touche subtile qui la faisait belle.&lt;/p&gt;
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<title>Veille (suite)</title>
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<updated>2009-09-29T21:10:36+02:00</updated>
<published>2009-09-28T18:20:00+02:00</published>
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<summary> Veille (III)   La cour est un grand carré ceinturé de murs : celui de la...</summary>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Veille (III)&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;La cour est un grand carré ceinturé de murs : celui de la maison fait face à la bâtisse du garage et de la buanderie, le mur (de plus en plus bas) de soutènement du petit jardin par où on arrive de la rue fait face à celui qui soutient le grand jardin (que l'on appelle &lt;i&gt;la terre&lt;/i&gt;) où l'on monte par une petite dénivellation herbeuse. De &lt;i&gt;la terre&lt;/i&gt; à la rue (la maison est donc bâtie sur une petite pente), les pluies orageuses s'engouffrent en laissant des rigoles. C'est une cour fonctionnelle qui je pense donnait dans le passé l'accès à toutes les tâches d'une petite ferme.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Ce qui est devenu pour ma famille la buanderie (terme bien spécifique pour les quelques jours de l'année où effectivement ma mère pendait les lessives les jours de pluie) servait en fait à tout, on y rangeait les outils de jardin, le matériel de bricolage (mon père y avait son établi), on y entreposait des planches, des vieux meubles, que sais-je. Une seule fenêtre pas très grande pour la surface de la pièce (quatre vingts mètres carrés peut-être) dont l'encadrement de pierre était abîmé et les battants plus encore, rafistolés ici, renforcés là, recouverts d'un plastique opaque pour remplacer les vitres cassées ; bien que plein sud, cette fenêtre n'apportait pas beaucoup de lumière, elle en laisse passer maintenant, elle a été refaite. Le sol est toujours de terre battue, les murs en pierres apparentes, le plafond assez haut était un simple plancher pourri qui reposait sur les poutres. En droite en entrant, un escalier de bois y montait qui était ma terreur car il était formellement interdit de poser les pieds sur les mauvaises planches et plus encore là-haut d'aller marcher sur le plafond (j'ai bien dû plusieurs fois quand même y passer le nez, je me souviens d'y être montée quasiment en rampant sur les marches...). Cette grande pièce-buanderie est pourvue d'une immense cheminée (mur à l'est), une immense et belle cheminée. La porte est de plein bois, d'un vert-de-gris comme celui du cuivre, épaisse et pourvue d'une serrure tout aussi costaude avec laquelle il faut encore savoir où placer la clef exactement.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;La buanderie et le dit-garage sont la même bâtisse, un mur intérieur fait la séparation et soutient la charpente. Le garage rebaptisé ainsi car il abritait effectivement la voiture, devait être la grange, la porte est une très haute et large porte à deux battants de bois (qui grince, qui couine...), elle aussi portant trace de ce joli vert-de-gris. On y rangeait le bois, essentiel à la mauvaise saison, on l'utilisait dans la cheminée de la pièce principale de la maison et pendant de longues années encore, toute l'année, pour la cuisinière à bois (cette dernière demandait un gros travail je pense car il fallait de petites bûches). Le garage a une fenêtre dans le même état que l'autre, jamais refaite celle-ci, le même sol de terre battue qui était alors un fameux terrain de billes les jours de pluie puisque les portes grandes ouvertes donnait toute la lumière. À la poutre maîtresse était accrochée une balançoire ; une grosse corde, une solide planche ; vertige, rêveries et délices. Il y a une petite ouverture dans le mur de séparation, une sorte de fenêtre, fermée d'un panneau de bois et qui était si encombrée de part et d'autre qu'on ne pouvait pas l'ouvrir de toute façon. Pas de plafond, la charpente est apparente. Et encore une cheminée, immense, encore. La bâtisse se prolonge en angle par un petit appentis, pourvu d'une toute petite ouverture, une antre minuscule qu'en pensée j'ai souvent vidée de tout pour m'y installer. On y déposait les cueillettes à traiter, les paniers, les plants, les tout petits outils, la ficelle... Son petit mur qui longeait la montée vers &lt;i&gt;la terre&lt;/i&gt; était entièrement habillé de belles fougères qui faisaient comme des enluminures compliquées et très belles (elles ont été détruites au produit chimique). Un bac de terre rectangulaire occupe l'angle entre la bâtisse et l'appentis, où fleurit un rosier grimpant, très remontant, aux petites roses rouges simples et parfumées.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Cette bâtisse en retrait derrière le petit jardin est dépourvue des ornements qu'avait la maison principale ; fut-elle les communs ? J'ai souvenir de vieux papiers concernant le village, cette maison est une des plus anciennes, plus de trois cent cinquante ans.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Dans la cour au pied du mur de soutènement du grand jardin il y a un demi-cercle de terre entouré de petites pierres et que finissait une bordure basse de buis, mais elle n'était jamais taillée, pas entretenue (la taille du buis est un art qui... bref), elle était d'ailleurs un peu clairsemée ; pendant quelques temps l'entretien du jardin fut confié à une connaissance qui amoureusement rendit aux buis forme et santé. Bien après, une autre année, les buis furent attaqués par je ne sais quelle maladie qu'un fongicide bien choisi aurait simplement éliminée, ce fut le prétexte pour les arracher une bonne fois, cette splendeur persistante, cette courbe élégante, petite touche de beauté (on railla mon émoi après ce forfait). Au pied de ce mur, des iris communs des jardins, leur bleu pâle, ces flammes claires à toute heure ; disparus eux aussi. Reste un rosier grimpant, sa vaillance, sa simplicité, le jumeau du rosier de l'appentis.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Veille (IV)&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Dans la cour, le mur de soutènement de &lt;i&gt;la terre&lt;/i&gt; se finit en angle avec la maison principale. Cet angle était occupé alors par une petite pièce fragile, les cabinets. La fosse enterrée a été surmontée d'une plaque, on a bâti deux murs pour fermer l'angle, on a posé un toit vaguement isolé de quelques plaques de polystyrène qui font office de plafond, les murs sont recouverts d'un plâtre qui est bien vieux et il y a une porte très mince qui ne monte pas jusqu'en haut, laissant passer un peu de jour ; les cabinets eux-mêmes c'est une sorte de banc, un bloc percé d'une ouverture ronde que l'on couvrait d'un couvercle de bois. Une ouverture dans le mur de la maison est bloqué par un panneau de bois. Il n'y a pas d'électricité. Ce n'est ni propre ni sale, c'est dehors ; beaucoup d'araignées, leurs toiles collantes ici, là, partout, à peine enlevées avec vigueur du bout du balai elles revenaient ; des petites bêtes de toutes sortes ; selon la saison, la température extérieure et le remplissage de la fosse c'est un lieu infect et qui me fait peur. La nuit, longtemps nous aurons des pots de chambre, qu'il me fallut un jour moi aussi apprendre à vider et rincer. Quand la terrasse nord fut rasée, le réaménagement de béton se fit en enterrant là une fosse septique et on installa des toilettes dans la maison. Les anciens cabinets furent réaffectés pour entreposer des outils qu'on avait ainsi à la main, puis cette pièce-là fut aussi rasée et devient un simple toit appuyé sur une vieille poutre, on y pend des fleurs, on y abrite un petit tas de bois ; on voit cela de la rue, c'est pittoresque.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;La maison principale reprend, juste à gauche des cabinets c'est une porte très solide qui ouvre sur ce qui est toujours appelé &lt;i&gt;chez les poules&lt;/i&gt;, c'est à dire le couloir qui mène au poulailler. Ce couloir est de terre battue, assez meuble à cet endroit et distribue deux pièces qui sont aveugles. Dans la première il y a des tas d'étagères disparates, on y rangeait je ne sais plus quoi et surtout on y entreposait le charbon ; dans la seconde de la paille et les bocaux et les bouteilles vides. Une porte ferme l'accès au poulailler, c'est toujours frais, ces pièces sont au dos de la terre. Au-dessus de la porte il y avait là aussi un chien-assis, très imposant et fonctionnel, c'était le fenil. Démonté, pierres perdues.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;La porte suivante, avant d'accéder à la maison proprement dite c'est la porte de ce qui fut la cave pour l'usage qu'en firent mes parents. Les poutres portent cependant les traces en creux qu'occupaient sans doute les pièces de bois formant les mangeoires, d'ailleurs la porte d'entrée si elle n'est pas très haute est par contre large. On n'ouvrait qu'un battant, qui était pourvu je m'en souviens, d'un gros anneau qu'il fallait empoigner et tourner pour soulever le loquet. En entrant, dans l'angle droit on trouvait la récolte de pomme de terre qui mêlait une odeur de chaux à celle de salpêtre. Sur la gauche il y avait des tas d'étagères où ma mère rangeait très soigneusement toutes les conserves familiales, aussi bien les conserves stérilisées (celles qui nous mobilisaient du printemps à l'automne, nous, les enfants qui étions de toutes ces corvées vitales) que les confits et même, si ma mémoire n'était pas si précise je croirais l'inventer, les conserves d'oeufs qu'elle savaient ainsi mener en toute saison pour les périodes où les poules ne pondaient pas (dans de grosses toupines, les oeufs étaient plongés dans une sorte de gelée dont je ne sais rien de l'origine ni de la technique). Dans la cave se fait l'accès au grenier par une échelle meunière, un peu traître. En sortant de la cave, sur la gauche, dans une grosse poche de terre bordée de pierres de pays irrégulières il y avait un cognassier du Japon, aux fleurs rougeâtres, commun, mais qui fut de belle taille et indéfectiblement fleuri chaque printemps. Coupé, détruit.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Dans la cour, encore, le long du mur du petit jardin, un prunier qui fut un fruitier fidèle et abondant. Il est si vieux maintenant, je n'ai pas encore pu revoir ses fleurs, je goûte parfois encore quelques prunes, très rondes, jaunes, parfumées. Au pied on jetait à la volée des graines de persil. Un bac de pierre rectangulaire est posé contre le mur, il recueillait l'eau du puits qui était ensuite conduite par une petite canalisation à travers le mur, juste de l'autre côté, dans un bassin rond qui dépasse à peine de la terre du petit jardin. L'eau tirée du puits pouvait ainsi je suppose tiédir quelque peu (le puits descend bien à vingt mètres) avant d'arroser ce qui se trouvait dans cette partie du jardin : les plants fragiles, les semis. À l'époque le puits était fermé par deux grosses plaques qui épousaient l'ouverture au ras du sol ; une vieille pompe souvent à réparer s'appuyait sur une armature métallique elle-même fichée dans un très gros bloc de béton granuleux qui avait acquis sous la mousse accumulée une rusticité certaine. Quelques petites fougères des puits voletaient aux anfractuosités des plaques. Il y avait autour des arums exubérants. Entre le puits et le prunier un grand rectangle de ferraille (posé sur deux mâts dans le mur, deux mâts au sol) entrelacé d'autres fils de fer soutenait une treille. Cette antique vigne a été arrachée. Après le puits, la masse compacte d'un laurier-tin, si exubérant lui aussi, si touffu qu'il était devenu une cabane de bois vivant. Sa ramure avait été taillée en voûte et l'on y passait pour rentrer au jardin. On s'y tenait sous sa tiédeur aérée en été. Son ombre heureuse de maison végétale me manque beaucoup, elle n'existe plus.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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