27.08.2008
Chercher
"Ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent. Qui le cherche le trouvera, et qui le trouve le louera." Saint Augustin, Les confessions, Livre I
"Il y a des gens, je suppose, qui prient les yeux fermés vers le ciel. Ceux-là cherchent Dieu en dehors d'eux. Il en est d'autres qui penchent la tête et la cachent dans leurs mains, je pense que ceux-ci cherchent Dieu en eux-mêmes." Etty Hillesum, Une vie bouleversée (journal).
"[Il comprenait ce que le prêtre ne pouvait pas comprendre]. Que ce que nous cherchons c'est l'adversaire digne d'être affronté." Cormac McCarthy, Le grand passage.
Pour voir la poussière dans un rayon de soleil, il faut la poussière, l'air, le soleil ; des panneaux opaques, un interstice judicieux.
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12.07.2008
Chut !
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19.05.2008
C'est une toute jeune fille
C'est une toute jeune fille qui va traverser la forêt. Il pleut très fort, si fort qu'elle croira même, enfant, que c'était une tempête. Ses souliers sont trop grands (ce sont ceux de son frère) et elle en perd un en courant. Ce soulier, ce mauvais soulier pour une jeune fille, n'a rien d'un soulier de conte de fées.
Oh... Mouchette.
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07.05.2008
"Coquillages et crustacés (...)"
J'aimerais beaucoup découvrir un trésor, cependant je ne sais pas laquelle des deux manières possibles je préfère : par hasard ou au bout de longues recherches. Les deux si possible.
Je sais à peu près à quoi cela peut ressembler de trouver un trésor par hasard. J'étais un jour chez un bouquiniste quand un monsieur a poussé un grand cri (stupéfaction ?) puis il s'est mis à rire, à rire, en disant sans cesse : Vous l'avez ! C'est incroyable ! Il est là, vous l'avez ! C'est incroyable, il est là... Je n'ai jamais su ce qu'il avait trouvé (ce qui aujourd'hui encore m'est frustrant car avant que ce monsieur n'entre je me trouvais à l'endroit où il a trouvé son trésor et moi je n'ai rien vu d'extraordinaire) mais lui, il avait l'air au comble du bonheur.
Pas loin de chez moi de splendides mosaïques romaines ont été découvertes par un agriculteur qui ayant fait abattre un ensemble de ruines a copieusement retourné la terre. C'est ce profond labourage qui a mis au jour de drôles de fragments que ce monsieur a vite identifiés comme étant des mosaïques. Je n'en sais pas plus. Je ne sais pas comment il a réagi et peut-être que lui, finalement, n'était pas très content de ce genre de trésor en plein milieu de ses terres.
On peut aussi trouver un trésor au bout de longues recherches. On lit régulièrement de ces histoires palpitantes de recherches qui ont duré des années. Mais comme le chercheur sait ce qu'il cherche, il me semble que l'émotion doit être de nature différente. J'ai lu de ces histoires, mais je n'ai jamais rencontré personnellement quelqu'un à qui cela soit arrivé.
Actuellement je ne suis à la recherche assidue d'aucun trésor particulier. Alors j'ai sans doute plus de chances de trouver un trésor par hasard.
Paradoxalement, j'éprouve la joie intense du trésor trouvé par hasard lorsque je cherche longuement des coquillages sur une certaine plage (bleue comme...). Je sais que je vais trouver là des natices Joséphine et des yeux de Sainte Lucie ; mais ce n'est pas sûr.
Les natices Joséphine ont une adorable couleur café au lait (certains plus grèges, d'autres aile de tourterelle) et une tout aussi adorable forme ronde, douce et polie. J'en ai des tout petits, à peine plus gros que l'ongle de mon petit doigt, et d'autres qui ont la taille d'une noix. Les yeux de Sainte Lucie sont les plus beaux (les légendes, les légendes...). J'ai remarqué que la face la plus anodine (non, pas la plus grossière, en y regardant de près la couleur orangée tire parfois sur le rose, c'est très délicat) cette face est souvent celle qui est visible ; et comme elle est anodine, elle est négligée. Je dois dire que cela m'amuse beaucoup de me promener tout le long de la plage, une main en coupe pour recevoir mes menus trésors et de saisir quelques regards curieux de mon manège chercher à leurs pieds si, par chance, par hasard, un de ces trésors n'aurait pas échappé à ma vigilance.
Parfois en hiver, je fabrique sur la table une plage avec un peu de son sable blanc, je verse tous les coquillages dessus (les natices Joséphine, les yeux de Sainte Lucie et tous les autres) et je les regarde longuement les uns après les autres.
Je me souviens d'un beau matin d'avril, j'avais trouvé un splendide murex, intact, au milieu d'un écheveau de posidonies. Je l'ai admiré toute la journée. Puis je me suis dit qu'il ferait sans doute une solide abri pour un bernard-l'ermite, alors j'ai pris un bateau, je suis allée assez loin, à la limite entre le bleu turquoise et le bleu profond ; là j'ai posé le murex sur l'eau pour le rendre à la mer.
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31.01.2008
"Call Baby call"*
Je suis partie quand il y avait de gros nuages et j'aurais dû rentrer de promenade avant la pluie, mais en chemin je suis passée près de chez Fauvette. Elle rentrait son linge, j'ai proposé mon aide pour serrer les grands draps, nous avons porté ensemble les paniers, parlé bien sûr, nouvelles, souvenirs, longtemps ; et je suis repartie. Il ne pleuvait pas encore, mais j'ai pensé que j'allais bien me mouiller. J'avais envie de me mouiller je crois. Ça a commencé très doucement, une goutte ici, une goutte là et j'ai pris par le plus long. Je n'ai eu que des gouttes jusqu'au coteau, et une fois passé le petit bois, j'ai pu voir les traînées grises dans le ciel, tout là-bas. Je regardais le ciel, je regardais mes pieds, mes pieds, le ciel, le ciel, mes pieds nus dans des sandales fines ; j'ai quitté mes sandales. Je n'ai même pas vu que je passais les vignes parce que je regardais mes pieds, à jouer idiotement à ne pas marcher sur les petits points mouillés, mais je courais quand même lorsque je suis arrivée aux premières maisons. La seule maison inoccupée a le plus large perron et une belle vigne épaisse au-dessus de la porte et déjà quelqu'un qui s'y abrite qui ne m'adressera pas la parole jusqu'à ce que je m'en aille sous la pluie battante : mais restez voyons, il pleut ! Je suis partie en courant sans lui dire que c'est pénible quelqu'un qui renifle tout le temps. Mouillée pour mouillée, je préfère le grand chêne tout à l'autre bout du village pour profiter de la pluie qui tombe, ce si grand chêne sous lequel je suis bien abritée à condition d'être au plus près du tronc et là j'ai les pieds nus dans la terre, mes pieds depuis longtemps oublieux de cette sensation enfantine.
Attendre, en regardant tomber la pluie, en écoutant tomber la pluie, les bruits différents sur la terre, sur les feuilles, sur la route. Pour un peu j'irais bien jusqu'aux pins là-bas pour écouter la différence de son, la pluie dans les branches des pins cela doit être plus... fondu ? fondant ? Une voiture s'arrête, oh la la monte vite, je te ramène ! Non, je te remercie, j'ai appelé, on vient me chercher. Tu es sûre ? Tu rappelles, tu dis que c'est moi qui t'aies prise. Non, va, c'est gentil, encore deux minutes à attendre. Des flaques se forment, et les moindres trous de la route sont remplis. Il y a je ne sais combien de filets d'eau qui dégoulinent au bout des branches basses. Attendre, en me disant que je ne marche plus assez pieds nus dans le jardin, il suffirait pourtant juste de se laver les pieds tous les soirs, voilà. D'un autre côté j'ai le désagréable souvenir d'un clou, mon étonnement de le voir enfoncé si profond et ensuite la douleur ; il avait bien fallu revenir, c'est en trouvant de l'aide seulement que je m'étais écroulée. Une voiture. Bonjour, vous voulez que je vous emmène chez vous ? Montez. Non, c'est gentil, j'ai appelé, on vient me chercher bientôt, mais c'est très gentil de vous être arrêté, merci ! Comme vous voulez. Il pleut moins fort, je ferme les yeux car j'aime précisément ce moment-là, quand la pluie n'est plus assourdissante, mais murmure. Je parviens même à entendre les gouttes qui tombent sur les feuilles les plus proches de ma tête. Attendre et entendre, essayer d'entendre du moins, l'autre moment où ce murmure lui-même va décroître en silence pour une simple pluie fine ; et je sais que c'est la meilleure pluie pour imbiber la terre. Je sens que je suis bien mouillée moi aussi, oui, bien trempée même, les vêtements à tordre et les pieds confortablement chaussés de terre je le sens, je vérifie, c'est ça, crasseux à souhait. Une voiture. Bonjour, besoin d'aide ? On vous ramène chez vous ? Non, merci, j'ai appelé, on vient me chercher d'ici peu. La route fume légèrement, les champs aussi, il a fait si chaud, c'est très joli cette vapeur au ras du sol sous la pluie. Attendre. Il pleut toujours. Puis un peu moins. Un oiseau chante juste au-dessus de moi. Je vais rentrer maintenant, en marchant consciencieusement dans les flaques les plus propres pour me laver un peu les pieds.
-Mais tu as marché sous la flotte ! Tu ne t'es pas abritée ! Mais enfin, pourquoi tu n'as pas appelé ? Je venais te chercher !
-Je n'avais pas pris mon téléphone.
*"Nous, amis du silence et de la volupté (...)" Jean-Louis Bergheaud, dit Murat, Call Baby call, In Parfum d'acacia au jardin.
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09.01.2008
Café du bon coin
Le tout premier café que j'ai fréquenté s'appelait La Taverne et j'y buvais des menthes à l'eau. Son nom ne m'est jamais apparu incongru puisque c'était son nom ; pourtant c'était un café lumineux, avec de hautes croisées sous un plafond encore plus haut. Un énorme lustre était accroché au centre d'une rosace en stuc. J'y allais en toute illégalité car je n'avais pas seize ans (mais mes copines si, et je n'allais pas attendre dehors). Le sentiment diffus que je n'aurais pas dû être là est tout entier dans une chanson qui me fait sourire lorsque je l'entends (et parce que c'est une bien belle chanson).
Nouvelle ville, nouveaux cafés (le pluriel c'est pour l'impression de la vie qui s'amplifie). D'abord Le Rond Point, le quartier général en chef, où même les profs savaient qu'ils pouvaient nous trouver (et inversement). Quelques problèmes de discipline en classe ont été résolus là (des délais obtenus pour rendre les copies aussi). C'était un café maternel, le réceptacle de toutes nos réactions brûlantes, autour de tables rondes et familières ; tout le monde connaissait tout le monde. Le Médiéval était le café intermédiaire à proprement parler, sur le chemin du centre-ville, l'endroit où nous savions pouvoir trouver celles et ceux que nous n'avions pas trouvés en cours. Faussement médiéval, avec une décoration rapportée sauf un meneau aveugle et sobrement décoré sur un mur intérieur. Le café d'un groupe qui s'amenuise et des décisions futiles : on rentre ou on va au cinéma ? A La Belle Epoque, c'était la belle époque du cinéma très souvent dans la semaine. Vitres fumées, fauteuils capitonnés de rouge, lumières faibles ; plusieurs niveaux, plusieurs entrées. Notre (ma) table préférée parfois occupée par de sombres ignorants de nos (mes) habitudes qui nous (me) chassaient ailleurs. Tout changeait alors : reflet perdu dans les nombreuses glaces (fumées elles aussi, vieillies, toutes piquées) dont la grisaille unifiait gentiment ce qui ne l'était pas ; l'angle de vue surtout changeait, la vue sur certaines tables d'autres habitués (noms inconnus, masculin pluriel). Le Drakkar, le douteux Drakkar où l'on ne venait pas me chercher.
Nouvelle ville, un seul et beau café, un si beau café : L'excelsior (dit L'Excels') classé monument historique par la grâce de l'Art Nouveau. A un pas de la bibliothèque municipale, à deux pas de la gare. Aux heures des repas, cinq tables près des fenêtres de la rue principale restaient ouvertes en tables de café, côtoyant les lourdes nappes blanches du côté brasserie très chic. Les uns faisaient le monde, les autres le refaisaient.
D'autres jours, d'autres cafés.
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09.10.2007
Cicatriciel (du pas grand chose à l'enfer)
J'ai une cicatrice, là, assez jolie je crois (des petits points réguliers, une bonne crème et du temps) mais peu importe puisque ce fut pour que mon enfant vienne au monde. Ma peau est devenue insensible sur les quelques centimètres de la cicatrice, un peu comme je ne me souviens pas de la douleur, seulement d'avoir eu mal.
Tu as été opéré aux jambes trois fois, suite à un accident de moto ou je ne sais plus bien exactement. Les cicatrices refermées, incisées à nouveau, la deuxième opération qui s'est mal passée. À chaque fois des semaines sans bouger à subir les douleurs successives jusqu'à celle de réapprendre à poser les pieds pour marcher ; et ne pas hurler en voyant ton corps si abîmé.
Il/elle a été blessé lors d'un attentat à la bombe à Paris, Madrid ou ailleurs. Du léger traumatisme au handicap lourd, il/elle sait qu'il doit la vie à un corps humain qui lui a fait un écran protecteur.
Puis il y a ceux (parfois, les ciels plombés de mauvais temps font pleurer cette mémoire que je ne suis pas censée avoir ; gris, ombre, noir, brouillard et leurs silhouettes) et ceux qui vécurent/vivent un enfer sur Terre.
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