06.08.2008
De si, de-là *
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25.06.2008
Du brin d'herbe
Tout va trop vite, ça suffit, je te le demande, je t'en prie, à l'avenir reprenons l'échange au rythme de la poste aux chevaux et leurs relais dont je ne sais rien, peu importe. Je commence. Disons que tu recevras ceci dans quatre jours au moins, mais compte tenu des orages attendus, la route en bas sera impraticable, j'en ajoute un de plus, le temps de réfléchir, répondre (prends ton temps surtout), je te la déposerai d'ailleurs sur la table de l'entrée, au milieu des factures en retard, ça fera traîner un peu plus. Ne me pose de questions sur rien, débrouille-toi, je t'écris cela et donc je vais recevoir peut-être une lettre de toi d'ici quinze jours. Une lettre de toi ! Ta belle écriture, tes petits dessins pour mémoire et ton avis sur la question : j'ai besoin de savoir comment maintenant tu éprouves. "Comme d'habitude" je croyais que c'était rassurant, en fait c'est seulement plus rapide pour soi-disant gagner du temps mais je suis fatigué, tous les jours se ressemblent et nous n'avons jamais le temps. Je vais continuer à me lever et à courir mais en même temps je vais attendre une lettre de toi. L'attente, le désir. La nécessité, retrouvée.
Tien.
PS : J'ai trouvé cette plante au bord du champ de la vieille Marthe (herbe sèche manigancée entre les tomes II et III de ton encyclopédie, rien de rien, tu n'as rien vu) ) et j'hésite (pour dire vrai, je n'hésite guère, mais je voudrais simplement que tu confirmes) : séneçon à feuilles de roquette ou séneçon jacobée ? Devoir attendre quinze jours pour savoir ça, je suis idiot, je sais, mais que c'est bon d'attendre que tu me dises oui.
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19.06.2008
De passage (jour d'anniversaire)
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10.04.2008
Dimanche, 13 heures
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21.02.2008
Du partir (part I)*
Des jours et des jours d'enfance dans ma campagne périgourdine puis un jour, départ et la nuit suivante l'arrivée au coeur de la Lorraine, sous les lumières orangées des éclairages au sodium. La voiture garée entre deux murs très hauts (la poste d'un côté, le presbytère de l'autre), c'est l'allée du garage. Le ciel au-dessus est de brume orange et je n'ai jamais vu ça, je n'ai jamais vu ça, je ne connais que les nuits noires et brillamment étoilées. Nous n'avons pas les clefs, il faut attendre le matin, il faut dormir, je ne peux pas dormir, le ciel est étrange.
Une chambre pour deux (comme avant), mais bien plus petite, une fenêtre comme avant (mais sur la rue). Un escalier pour retourner à l'extérieur mais c'est un escalier de bois et non plus de pierre ; dehors c'est la place, la rue, avant c'était la terre, le jardin. Avant je voyais la forêt d'un horizon bleu-vert, cinq châteaux, maintenant je vais voir de longues prairies et une centrale électrique, une centrale nucléaire et trois hauts-fourneaux.
10 ans ici, 10 ans là. Ni mieux, ni moins bien, une enfant qui suit ses parents, va à l'école, s'adapte, ouvre ses yeux et aime petit à petit son nouveau lieu de vie.
J'ai de fantastiques souvenirs des cieux d'hiver, lourds de neige le jour et qui rougeoyaient la nuit à cause des hauts fourneaux. Je me souviens d'avoir eu les pieds en glaçons à attendre le passage des wagons cigares qui transportaient la fonte en fusion. Il y avait une passerelle au-dessus des voies ferrées, j'attendais là, n'ayant que quelques secondes pour voir le magma brillant. Je n'étais pas effrayée, mais c'était incroyable.
Un artiste lorrain cristallisa pour moi cette époque et ces cieux. Dans des aquarelles très fines, mais très sombres et torturées, puis des eaux fortes ; expos mémorables car il exposait aussi les plaques de cuivre qu'il travaillait, certaines étaient juste un peu plus grandes que des timbres poste, chacune était un morceau découpé dans le ciel de mes nuits de Lorraine. Ecrivant cela je regarde et contemple un tableau orange et noir, la quintessence de ce qui est à tout jamais dans ma tête, indescriptible vraiment : des arbres noirs et veloutés (en longues flammèches de peinture et encre de Chine) bornent verticalement le tableau ; dans la moitié inférieure de cette trouée, la lumière est celle des cieux de Lorraine de mon adolescence (les mêmes que les siens) entre la sanguine et l'orange, parsemés d'éclats ; plus haut encore la lumière redevient claire, couronnée d'un sfumato sépia ; une tête semble s'incliner dans la chevelure des arbres ; mon tout fait une invisible silhouette de femme. Une signature se perd dans les flammèches noires, Joël Leick.

J'ai appris à partir en allant et revenant d'un lieu à l'autre de mes enfances. Sans rejet ni nostalgie excessive, mes lieux de vie que j'aimais, j'en partais, j'y retournais, également. Je partais sans douleur, du moins je le croyais, à ce moment-là.
*Pour Sophie
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Dandelion
Au printemps les promenades dominicales de ma famille avaient un but précis : ramasser des pissenlits pour les faire en salade. Je n'avais pas, je crois, d'autre contrainte que celle de remplir mon panier, je pouvais aller en tout sens dans les prés. J'ai fait cela tant et tant de fois dans mon enfance que je me souviens de certaines images très précisément : ma main qui fouille l'herbe pour trouver des pissenlits qui ont une jolie couronne régulière, les plus verts, ou les petits et tendres au cœur serré. J'arrondissais alors mon index gauche pour soulever les feuilles du pourtour, je découvrais la terre et d'un coup de lame (j'avais un petit couteau à moi) je sectionnais la racine du pissenlit ; puis panier. J'avais plaisir à les ramasser proprement, entiers, à voir mon panier se remplir.
On les mangeait avec des oeufs durs et des croûtons à l'ail (couper le pain en tranches, le faire griller, frotter le pain avec de l'ail, autre geste familier) et avant cela je me souviens des longs moments les mains dans l'eau froide pour nettoyer tous les pissenlits (aux champignons on accorde cette attention et ce temps et ils sont également bons).
Au gré d'un déménagement, puis l'autre, dans une région où les prés se faisaient bien rares entre les maisons, mes parents avaient aussi moins de raisons de ne pas manquer de faire provision de cette salade qui ne coûtait rien que du temps. On allait plutôt jouer au ballon dans les prés et j'ai découvert là-bas que les pissenlits étaient une mauvaise herbe. Pourtant si la fleur, jaune, est assez commune, trop abondante sans doute pour avoir quelque prix, on ne cesse jamais de s'émerveiller d'une bouille d'enfant qui gonfle ses joues pour souffler les petites graines légères, reproduisant à l'infini la part noble qui leur a été un jour donnée. Et le pissenlit qui pousse à plat sur la terre reste caché dans l'herbe. L'image de cette petite plante a été annoblie, la plante elle-même est méprisée.
J'ai glissé plusieurs fois, assez doucement, en montrant au milieu de l'herbe quelques pissenlits petits et charnus, que c'était bien dommage que je n'eusse pas de couteau avec moi pour les ramasser et en faire une salade ; mais je n'ai jamais su passer outre l'étonnement dégoûté que cela me valait.
Puis à mon tour j'ai eu du gazon plutôt que de l'herbe, et des pissenlits. Mais j'en remangerais volontiers.
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*Ðandelion : A dandelion is a short plant, usually with a yellow flower head and notched leaves. A dandelion flower head consists of many tiny flowers. The dandelion is native to Europe and Asia, and has spread to many other places.
Name : The name dandelion is derived from the Old French, dent-de-lion, which is literally "lion's tooth", referring to the sharply-lobed leaves of the plant. The English spelling reflects the French pronunciation at the time this French word was absorbed into English. The first written usage of the word occurs in an "herbal" dated 1373, but there is a 1363 document in which the word "dandelion" was used as a proper name
Uses : While the dandelion is considered a weed by many gardeners, the plant does have several culinary and medicinal uses. Dandelions are grown commercially at a small scale as a leaf vegetable. The plant can be eaten cooked or raw in various forms, such as in soup or salad. They are probably closest in character to mustard greens. Usually the young leaves and unopened buds are eaten raw in salads, while older leaves are cooked. Raw leaves have a slightly bitter taste. Dandelion salad is often accompanied with hard boiled eggs. The leaves are high in vitamin A, vitamin C and iron, carrying more iron and calcium than spinach.
[Wikipedia]
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09.01.2008
Dictionnaire encyclopédique incertain, personnel et souriant (extrait)
Arbre : l'amarante, l'acajou, le bois d'amourette, l'anagosi, l'angélique, le courbaril, le St Martin rouge, le wacapou, le fromager, le bagasse, le goupi, le moutouchi, le patawa, le bois serpent, le bois de rose, le bois carapa, le boco, le bois canon, le bois Fontaine, l'alimiao, l'arouna, l'assao, le balata blanc, la balata franc, le bois grage rouge, le bois flèche, le bois rouge, l'acacia franc, le Maho cigare, le tossopassa, le pacouli, le gofolo (...) sont des arbres de Guyane.
Barberousse : je suis incapable de raconter la légende de Barberousse, ce nom ne m'évoque rien de précis et si je répète le mot deux ou trois fois je finis seulement par visualiser un homme avec une barbe rousse, qui devient vite africain pour peu que je répète le nom très vite, barbrousse, barbrousse...
Capitole : il y a un jeu cérébro-culturel complexe dans ce mot, en une fraction de seconde se superposent dans mon esprit l'image d'une colline de Rome sur laquelle se dresse le grand édifice américain, mais alors tout rose.
Dramatique : un de ces mots qui s'est vidé de sens comme on dit saigné à blanc, d'être employé à tort et à travers, c'est vraiment... dramatique.
Éléphant : oh le bel animal que voilà ! À prononcer son nom je souris... La première partie du mot est aérienne la deuxième est patatras. Placide, en apparence, car j'ai le souvenir de reportages montrant des éléphants en train de charger, il n'y a plus de quoi rire.
Flag : un mot de série télé (appris en regardant ...) J'aime bien ce mot-là, quoique sa réalité me soit impossible à mesurer vraiment (prise le doigt dans un pot de miel ça ne compte pas pour un flag car c'est seulement une lubie passagère). J'aime bien en général les mots qui viennent d'un jargon et sont passés dans le langage courant, c'est un moyen inouï de pouvoir presque toucher la porosité des mots, la fluidité d'une langue.
Gaffe : (et surtout Gaston) C'est joli ce mot gaffe, on a l'impression, à le dire, de se rendre compte de sa propre bêtise ou de celle des autres en mettant sa main devant sa bouche : oh la la, quelle gaffe !! Et le terme technique, du coup, prête à rire.
Houx : moins joli sans déterminant, sinon très vite luxuriant, vif et piquant. Pour Noël tonique.
Idoine : quelque chose qui est idoine convient vraiment mieux que la moyenne... de par la qualité absconse du mot ?
Jalousie : ce mot est nettement moins dramatique (oui, je sais) pour moi depuis que j'ai découvert son homonyme grâce au titre du roman d'Alain Robbe-Grillet. Depuis jalousie et jalousie vont ensemble, l'une ayant pris un coup de lamelle sur le coin du nez pour lui faire passer l'envie ; sans parler fleurs et gâteaux pour se consoler de tant de vilenie.
Kilim : je ne suis pas sûre d'avoir jamais eu l'occasion d'employer ce mot. Prononciation adorable : C'est un kilim mon cher ! Admirez ce bleu... Bon, enfin, être capable d'en reconnaître un si j'avais le plaisir de m'y allonger pour lire serait bien mieux.
Liminaire : je serais incapable de faire une phrase en employant ce mot, j'ai beau lire et relire la définition, rien n'y fait. C'est ballot, mais c'est comme ça, je crois que j'aime trop le mot incipit. (Ce qui m'amène à m'interroger une fois de plus sur les chemins cérébraux).
Mustang : (royaume du ...) région située au nord-est du Népal, d'une superficie d'environ 1200 km2, la population est de moins de 9000 habitants. Dit le royaume interdit, qui doit beaucoup à sa géographie extrêmement difficultueuse, faite d'une combinaison de conditions d'altitude, d'aridité, de cols impossibles. Il y a une unique vallée qui fut sur la route du sel entre l'Inde et le Tibet et dont une partie est la gorge la plus profonde du monde.
Napoli, Naples : belle superposition d'images sur imaginaire. Et pour l'envie intime d'aller m'y promener à la recherche de quelques fastueux lambeaux des œuvres d'Ernest Pignon-Ernest (mais là j'ai annulé mon billet, je préfère laisser les napolitains en finir avec leur petit souci ménager).
Odalisque : comme liminaire, la fascination pour la musique du mot en plus.
Plouc : ça pourrait être une onomatopée (le bruit d'un caillou jeté dans un trou d'eau épaisse, pas propre) ce n'est qu'un mot méprisant, un peu comme un caillou sorti d'un trou d'eau sale.
Quasar : (quasi-stellar)
"Des quasars des prairies un vent solaire sur les hanches puisatier galaxies quinze milliards dans le ventre un renard dans la nuit M31 dans le noir (...) au Mustang interdit entre Vénus et Circé... "
JL Bergheaud, dit Murat, Mustang in Mustango.
Ragamuffin : no comment (je n'aime que le mot).
Sacré nom de nom ! : subterfuge pour ne pas dire celui de Dieu je suppose. Beau parcours de cette expression... Ou comment une expression courante cache sous ses habits de tous les jours la puissance d'un interdit.
Topinambour : soit on connait ce légume depuis toujours et il est sans mystère, soit on a apprit fort tard, c'est mon cas, à quoi ça ressemblait et en voir dans un cageot chez le primeur peut provoquer un joli fou-rire. (Les mots sans images associées tôt dans l'apprentissage du langage sont-ils "rangés" ailleurs dans le cerveau ?)
Ursidé : un ursidé est tout bonnement un ours ; subtile proximité phonétique qui rallonge néanmoins considérablement le mot, lequel semble ainsi sous-entendre infiniment de qualités à celui dont on dit dans un souffle : ours, tu es un ours...
Violoncelle : ce mot, comme ça, je ne sais pas pourquoi. Je ne sais rien en dire.
Walter Scott : [soupir] à lire aussi, un jour.
x : 2x + 3 = 5 ; j'aurais su ça vers 7-8 ans, j'aurais sûrement mordu à la merveille mathématique.
Yeuse : pfffff... mais lisez donc Monsieur Pierre Magnan... (bon, un indice, ce n'est pas un arbre de Guyane).
Zénon : "D'autre part, et placée pour ainsi dire en repli derrière la résolution de mourir, il en était une autre, plus secrète et qu'il avait cachée au chanoine, celle de mourir de sa propre main. Mais là aussi une immense et harassante liberté lui restait encore : il pouvait à son gré s'en tenir à cette décision ou y renoncer, faire le geste qui termine tout ou au contraire accepter cette mors ignea guère différente de l'agonie d'un alchimiste enflammant par mégarde sa longue robe aux braises de son athanor. Ce choix entre l'exécution et la fin volontaire, suspendu jusqu'au bout dans une fibrille de sa substance pensante, n'oscillait plus entre la mort et une espèce de vie, comme celui d'accepter ou de refuser de se rétracter l'avait fait, mais concernait le moyen, le lieu et l'exact moment. À lui de décider s'il finirait sur la Grand-Place parmi les huées ou tranquillement entre ces murs gris. À lui, ensuite, de retarder ou de hâter de quelques heures l'action suprême, de choisir, s'il le voulait, de voir se lever le soleil d'un certain dix huit février 1569, ou de finir aujourd'hui avant la nuit close. Les coudes sur les genoux, immobile, presque paisible, il regardait devant lui dans le vide. Comme au milieu d'un ouragan, quand s'établit redoutablement un calme, le temps ni l'esprit ne bougeait plus."
Marguerite Yourcenar, L' Œuvre au noir.
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