07.10.2008
Exposition de nuit
J'ai des nuits d'enfant, la nuit est derrière la vitre où j'appuie mon front, je la sens froide ; j'éprouve mon front chaud et la vitre qui se réchauffe.
M'allongeant dans l'herbe pour regarder les étoiles qui ont le bruit doux des papillons de nuit et des grillons dans l'herbe, je songe que j'ai des nuits de rêveuse des nuits d'été.
Mais je marche encore dans la nuit noire, j'aime à chaque pas la lenteur hésitante qui est nécessaire pour ne pas tomber, cette encore rare et possible démarche solitaire, simple, inutile et sans conséquence, éprouver la désorientation puis mon corps qui s'affole pour retrouver la paix. Marcher dans la nuit noire c'est d'abord s'arrêter, pétrifié par la perte de l'évidence. Je te connais chemin pourtant, le jour je te connais, la nuit tu n'es pas différent, c'est moi seule qui suis aveugle, rendue à moi-même. Mes vêtements et même mes cheveux me gênent qui me soustraient la nature de ce que je dois sonder ; il faudrait aller nu, mais non, se protéger d'abord. Mais je ne vois rien, si je fais un pas, je pose le pied et je ne sais pas où je pose le pied. Que faire ? Avancer. De toutes mes oreilles j'écoute derrière moi cette nuit qui me suit dans un silence imparfait ; l'attention échouée d'avance, je n'arriverai pas à tout embrasser. Un pas, un autre, mes pieds que je ne vois même pas. J'ai courbé le dos, arqué la tête vers le ciel, le nez en avant. Mes mains se tendent d'instinct car elles sont des extrémités primordiales qui me pareront de tout mieux que mes yeux. Les sens doucement s'ajoutent, c'est comme une danse très lente. Le corps dilaté, j'avance ou je glisse sans tomber. Là, en même temps que l'intensité du bonheur d'exister survient parfois la peur.
Il y a un tout petit peu de lumière, il y a toujours un petit peu de lumière, depuis le temps que je marche je la perçois enfin, comme une récompense à tous les autres efforts et la lenteur. Longtemps après, tant de lumière même.
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02.10.2008
Exquis

Dire cette photo ce serait tout inventer puisque je ne me souviens de rien de ce jour. Alors ne te retourne pas fillette, tout est toujours là-bas au pays immobile de ton enfance ; mais marche et ne donne que les harmonies inversées.
13:30 Publié dans e | Lien permanent | Envoyer cette note
06.08.2008
En souriant
Lorsque j'habite dehors, au pays de mes rêves éveillés, de beaux lustres à pendeloques illuminent les rues toute la journée. On roule sur des carrelages brillants, il y a des rideaux le long des trottoirs pour faire joli les jours de vent. Les boutiques sont dans la rue, pour y entrer il faut fermer la porte. Le ciel est à sa place je crois... Raison pour laquelle les cyclistes abritent leurs vélos sous les arbres des grands halls que traversent les rues.
Mieux que le pays de mes rêves éveillés, le regard d'un photographe. (Méli-vélo, 25 août 2005)
22:55 Publié dans e | Lien permanent | Envoyer cette note
28.07.2008
Entrecroiser
En sortant de chez moi, tu prends la départementale sur la droite, puis tout de suite la première à droite. 3,2 kilomètres à faire exactement, sur ta gauche tu laisses un chemin creux avec des pins taillés de frais, tu passes un bouquet d'arbres. Juste après, entre deux champs, un chemin très marqué, c'est là que tu tournes. Tu vas jusqu'au bois, que tu longeras sur 500 mètres environ, le chemin descend alors vers une rivière. Suis le chemin le long de la rivière en prenant à main droite, tu verras ça monte, ça descend, avec la rivière en contre-bas. Tu finiras par trouver des saules pleureurs plantés en rond autour d'une grande étendue plane, c'est là.
PS : prends ton appareil photo sinon je boude.
Ce bois derrière nous c'est Barrut, celui-là c'est un bois privé, c'est l'Usclade. Là-bas, la remontée vers les champs ça s'appelle les Sept Arpents, vers la ferme juste après c'est le Grenadier. De ce côté maintenant tu as Cousset, la chapelle de Pradère, Lartus, le bois de Carrayou. En amont Malcontent, en aval la Gravette. Tiens, voilà la carte, c'est la plus précise existante. Tout ce qui est un peu saillant autour de nous a un nom ; sauf ici.
Regarde ce que j'ai trouvé pourtant, ces pierres d'angle, il y a les mêmes en face je suis allée voir. Peut-être les restes d'un vieux pont rudimentaire ? Moi j'aurais choisi cet endroit pour traverser, nous aurions tous choisi cet endroit pour traverser. Et cet endroit aurait été nommé, un jour, ou à la longue.
Je suis désolée, il fait un peu froid. Mais vraiment ça m'intriguait cet endroit sans nom. Tu as assez de lumière ? Oui, je sais... Je sais ce que tu penses, il y a toujours assez de lumière tant qu'il y a de la lumière.
Quel âge peuvent avoir les saules ? Ces trois-là sont énormes. Les cinq autres sont disposés en rond tout autour. Et tu as remarqué qu'en face, sur l'autre rive, c'est presque pareil ; les saules pleureurs font comme un grand cercle coupé par la rivière. Est-ce qu'on peut dire que cet endroit a été planté, aménagé ? Mais alors pourquoi cet endroit n'a pas été nommé ? Ou alors le nom s'est perdu ? Mais pourquoi il s'est perdu ?
C'est grisant cet endroit remarquable qui n'a pas de nom tu ne trouves pas ? Un lieu qui ne soit pas déjà dénommé...
Tu sais, ceux que j'aie interrogés au Castéra m'ont dit que je m'intéressais à de drôles de choses ! Et il y en a même un à Beillard qui m'a dit que si cet endroit n'avait pas de nom c'est parce qu'il n'existait pas ! Comme je te le dis !
Où chercher maintenant ?
Je voudrais bien lui trouver un nom...
Dis, tu m'écoutes ?
D'accord, on cherche tous les deux un nom à lui donner.
Qu'est-ce que tu es allé photographier là-bas ?
22:45 Publié dans e | Lien permanent | Envoyer cette note
07.05.2008
Embrasser
C'est une petite ville faite d'un agrégat de maisons étroites aux balcons minuscules dans des ruelles sombres, de loin en loin emportées de lumière et liées en un lacis que j'aurais aimé parcourir longtemps pour lire son organisation secrète. Je l'ai à peine entrevue pourtant elle me plait, pas bien grande avec son air mal peignée (revoir absolument dans la cour désolée de ce qui fut l'ancien accès principal du cloître Saint Trophime, tout là-haut sur la gauche une fenêtre, et dessous, à même le mur, deux très petits chevaux de terre cuite ; pourvu que personne jamais ne les fasse disparaître, je le veux). J'interroge la petite ville où je marche peureusement, indésirable aux voitures qui sont toutes nombreuses et aussi larges que les rues sont étroites. Je fais deux pas, je prends la mesure de ce qui vient en face ou derrière et je me colle au mur d'évidence, emportant à chaque fois sur mon dos quelques écailles des façades lépreuses. Je cherche son visage sous les desquamations sèches de sa peau malade, brûlante -elle pourrait dire encore clairement, un peu narquoise : je suis en Arles la Provence de tous les jours, non monopolisée- je cherche ses yeux, son centre. Je sais ce que je cherche, c'est une petite ville bâtie autour d'un cratère, blottie autour d'un lion éventré, mourant, les arènes.
Arles, je reviendrai te rencontrer (Place de la Major, pour t'embrasser.)
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![[...]](http://exterieur.pely.net/vers_le_ciel.jpg)

