22.10.2007
Sans vergogne
J'eus une amie quelques temps de ma vie, une amie belle et riche de tout à mes yeux. Nous lisions les mêmes livres, partagions le même goût pour l'étude, voilà ce qui fut la base amicale de notre relation. Beau temps de la vie, mais d'acquiescement perpétuel, dans l'ivresse de voir toutes les portes s'ouvrir devant moi, quand bien même je ne les passais jamais qu'après elle. Elle était pleine de la volonté de me décrotter et moi de celle de lui plaire, voilà entre autre ce qui causa l'explosion de notre relation. Aujourd'hui encore lorsque je sifflote en me promenant ou lorsque je mets les mains dans mes poches, je pense à elle, en souriant, elle qui essaya en vain de me débarrasser de mes habitudes vulgaires (sic). Quand elle décidait d'aller faire du shopping bien que sachant que je ne pourrai rien m'acheter, mais comme j'étais sincèrement de bon conseil, elle m'emmenait toujours ; elle me disait gentiment qu'au moins je pourrai essayer de beaux vêtements (ce que je faisais) et puis qu'elle m'inviterait à boire un chocolat. Mes passions enflammées me tenaient lieu de matières nobles, je voulais briller pour elle afin de pallier l'absence de jolies bagues à mes doigts. Du pas grand chose je faisais de la sobriété, j'étais modeste par nécessité et pourtant je m'ensevelissais dans la hauteur vis à vis de tous les autres pour me cacher combien je détestais cette relation idiote dont je ne savais pas sortir. L'argent vint à mon secours, elle partit étudier à Paris, je restai en province.
D'une autre je ne sus devenir l'amie, elle ne m'intéressait pas (pourtant nous lisions les mêmes livres). Je me la rappelle charmante et attentionnée avec moi ; mais quel ennui, elle était toujours là, elle m'appelait, elle me guettait, elle s'invitait à ma table de café, elle me trouvait tous les dons, elle était avide de mes conseils, elle disait à tout le monde combien j'étais une amie pour elle. Je fus très flattée, un temps. Je crois que pour m'en défaire je suis devenue déplaisante, si bien que je n'aime pas me rappeler comment.
Avec cette autre ce furent les enfants qui nous séparèrent. Nous étions d'accord tout le temps, complices, sur tout, mais devenues mères l'éducation se mua en enjeux personnels et horizons étroits. J'ai la nostalgie de cette soeur que j'ai perdue bêtement, faute de temps pour réapprendre à se connaître.
Beaucoup de visages encore et des prénoms qui filent dans ma mémoire, pas mal d'égratignures, de jalousies, de fulgurances et de laideur -je me suis même sentie pillée sans vergogne il n'y a pas si longtemps- le tout formant un vaste réservoir à expériences qui devrait m'aider à avoir un commencement de réponse à la question : mais-l'amitié-qu'est-ce-donc ?
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